DRANCY Un Juge en colère

Surveillance des djihadistes : la colère de Marc Trévidic
Un gâchis total : le commissariat de Drancy n’a pas alerté
la justice quand Amimour et ses comparses n’ont plus
respecté leur contrôle judiciaire.
Par Aziz Zemouri
Publié le 02/12/2015 à 12:58 | Le Point.fr

vidéo drancy

« Tant que nous n’avons pas de structure dédiée à leur suivi,
nous n’y arriverons pas », souligne Marc Trévidic.
Fin 2012, l’ex-juge antiterroriste Marc Trévidic avait instruit,
avec son collègue David Bénichou, la procédure visant Samy Amimour
– le futur kamikaze du Bataclan –, Samir B. et Charaffe EM., mis en
examen pour association de malfaiteurs terroristes. C’est là une
nouvelle illustration des nombreux ratés de la surveillance
des individus tentés par le djihad armé. « Ils ne font pas plus
l’objet d’attention que des délinquants de droit commun
lorsqu’ils sont placés sous contrôle judiciaire », s’indigne
Marc Trévidic, pilier de la galerie Saint-Éloi au TGI de Paris
durant près de dix ans et actuellement en fonction à Lille.

Routine policière et judiciaire

Le magistrat qui instruit alors le dossier de Charaffe EM.
et de Samir B. – deux amis de Samy Amimour avec lesquels
ils s’étaient radicalisés avant de rejoindre, tous les trois,
la Syrie – est alerté un an après leur mise en examen par
des textos que Charaffe EM. a envoyés à sa soeur en Tunisie.
Dans ces SMS, le jeune homme de 23 ans à l’époque des faits,
en 2012, affirme déjà avoir l’intention de mourir en martyr.

C’est son but depuis un an, précise-t-il. Marc Trévidic le
convoque. Sans réponse de sa part, le juge entre alors en
contact avec le commissariat de Drancy. Charaffe EM.
comme Samy Amimour et Samir B. ont l’obligation
d’y pointer depuis qu’ils ont été mis en examen et placés
sous contrôle judiciaire, en septembre 2012.
Ils sont censés signer un registre tenu par un gardien
de la paix qui atteste qu’ils sont à la disposition de la justice.
Et surtout qu’ils sont bien à proximité de leur lieu de résidence,
eux qui avaient eu pour projet de rejoindre une zone de conflit,
en Afghanistan, en Somalie, au Mali, voire au Yémen.
Ce sont ces initiatives qui leur avaient valu d’être
interpellés par la Direction centrale du renseignement
intérieur (devenue depuis la DGSI).

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« Là, j’apprends qu’aucun des trois ne vient plus remplir
ses obligations au poste de police ! Il va sans dire que j’étais
très mécontent, d’autant plus que ni moi, ni mon collègue,
ni le parquet n’avions été prévenus », explique Marc Trévidic.
Ce dossier apparaît comme un immense gâchis pour la justice.
« Nous avions agi bien en amont, souligne le magistrat.
Dès qu’ils avaient montré des velléités de départ, nous
les avons fait interpeller, le but étant de les dissuader. »
Mais la routine policière et judiciaire a repris le dessus,
et les trois individus retombent dans l’oubli : le dossier
avait été communiqué au parquet pour règlement, il y
a végété durant presque un an jusqu’à la signature de
l’arrêt de renvoi en correctionnelle, en août 2015.

Entre-temps, Amimour et ses acolytes avaient rejoint la Syrie
depuis octobre 2013. Le parquet de Paris rouvre alors une
nouvelle enquête. « Tant que nous n’avons pas de structure
dédiée à leur suivi, nous n’y arriverons pas. On parle de
bracelet électronique : au moins deux individus ont
rejoint la Syrie, bien qu’ils en étaient équipés.
Mais en cas d’arrachage du bracelet, le temps de réaction
de l’administration, police ou justice n’est pas adapté
à l’urgence de la situation. Et si cela arrive un soir ou
un week-end, c’est encore pire. »

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