Etat de crise à la mosquée de Drancy

Empoignades, éclats de voix, dégradations, réunion de crise… La tension a encore grimpé d’un cran hier à la mosquée de Drancy. Trois heures durant, le collectif pro-palestinien Cheikh Yassine, qui manifeste chaque vendredi lors de la grande prière pour demander le départ de l’imam Hassen Chalghoumi, a atteint son but : semer la zizanie dans le lieu de culte.

12 h 50, la sono de la discorde. Bravant l’arrêté préfectoral qui le leur interdit et les proches de l’imam qui leur barrent la route, le collectif installe sa sono au pied de la mosquée. Hassen Chalghoumi sort interpeller les fidèles : « Ils veulent fermer votre mosquée ! C’est une bande de fanatiques. » « Si vous acceptez que la mosquée soit gérée par le Crif (NDLR : conseil représentatif des institutions juives), restez ainsi », lance le responsable du collectif, Abdelhakim Sefrioui. Une empoignade a lieu entre deux opposants. « La police, il faut intervenir », crie l’imam. Les deux hommes sont finalement séparés par leurs amis. L’imam retourne dans la mosquée rédiger un courrier demandant l’interdiction de la sono, qu’il transmet au commissaire. La sono est retirée.

14 heures, harangue dans la mosquée. La grande prière, qui s’est déroulée sans l’imam resté dans son bureau avec ses deux gardes du corps « pour raisons de sécurité », s’achève. La plupart des fidèles — plus d’un millier — s’en vont, regrettant que « l’on donne une telle image des musulmans, alors qu’on ne demande qu’à prier dans la sérénité ». A défaut de sono à l’extérieur, Habdelhakim Sefrioui prend la parole dans la salle de prière. Pour la première fois, il exhorte les croyants à ne plus prier dans cette mosquée, qu’il considère « impure », car construite par la ville et « truffée » de caméras de vidéosurveillance.

15 heures, deux caméras arrachées. Ajoutant à la confusion, la rumeur de l’existence d’une caméra dans leurs toilettes se répand parmi les femmes. Une altercation éclate entre deux d’entre elles. La rumeur est fausse, mais un petit groupe pénètre dans la mosquée. Deux caméras, dont une trouvée dans la salle des ablutions des hommes, sont arrachées. L’association cultuelle laisse entendre qu’elle déposera plainte dans la soirée pour dégradations.

15 h 45, « nous reviendrons nombreux ». La tension retombe, mais avant de partir, plusieurs femmes s’inquiètent de voir cette mosquée fermer. «Ony est bien, dit Khadija. On vient de loin pour y prier et donner des cours aux enfants. » Avant de quitter les lieux, Habdelhakim Sefrioui s’adresse à une cinquantaine de partisans. « Nous devons maintenir une pression intelligente. » Il promet de revenir dans trois semaines manifester de la mosquée jusqu’à la mairie. «D’ici là, nous allons mobiliser toutes les mosquées d’Ile-de-France et nous reviendrons nombreux. »

16 heures, réunion de crise autour de l’imam. Le bureau de l’imam est fermé et le restera toute l’après-midi. « Il est en réunion et il ne parle pas à la presse », nous dit-on. Les responsables de la mosquée sont rassemblés autour d’Hassen Chalghoumi pour « solutionner les problèmes ». Une énième rumeur circule : ils envisageraient de fermer le lieu de culte, devenu ingérable.Un proche de l’imam l’assure : « Cette mosquée restera toujours ouverte. »

ÉRIC BUREAU | 06.03.2010, Le parisien

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